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Compte rendu d'aôût 2004

Enregistré par le Thursday, January 15, 2009 (EST)

Evolution des enfants et divers

Compte-rendu de mai à août 2004.

 

 

Les enfants

 

Au contact de nos nombreux étrangers (c’est à dire les amis qui viennent nous rendre visite et séjourner au centre), Binta s’est enfin lancée dans le français parlé. Il était temps depuis trois ans qu’elle est scolarisée ! Depuis le début des vacances elle est vraiment en forme et souffre beaucoup moins de ses otites comparé aux années précédentes.
Binta se sent tellement à l’aise que les petits travaux scolaires que nous faisons chaque matin ne lui froissent même plus le moral. Elle a beaucoup progressé en lecture et les associations de consonnes (ex : cl, gr, ...) sont en voie d’acquisition malgré ses difficultés de prononciation. D’elle-même elle s’intéresse aux livres de littérature enfantine (même si elle n’en comprend pas toujours le sens), chose qu’elle ne faisait jamais auparavant.
Elle semble donc avoir repris une certaine confiance qui se manifeste autant avec les adultes que les enfants, pour autant tout change tellement vite avec elle.... Vis à vis de Fatou, elle se pare du rôle de petite maman, comme elle avait pu le faire avec Sali, Sibiri, puis Awa. Mais aujourd’hui elle le fait avec beaucoup plus de maturité et nous avons très peu de chose à lui redire si ce n’est de ne pas la prendre comme un bébé.

 

De son côté Oumou continue de grandir mais en taille seulement. Elle prend un malin plaisir à dominer, à répandre son orgueil tout de même surprenant pour quelqu’une de son age, et à mentir. Oumou est teint clair (comme métissée selon les dires) et cela lui confère un statut très prisé (on est déjà venu me la demander pour un futur mariage sur un ton de plaisanterie qui ne m’a pas fait sourire), elle en est consciente et joue là dessus.
Si on envoie Oumou acheter des condiments et qu’on ne la revoit pas avant trente minutes,  on peut être sûr qu’elle en a profité pour rendre visite à une camarade, même si elle va protester et nier à son retour. Pourtant Oumou est une aînée parmi nos enfants et donc aussi un modèle qu’ils tentent souvent d’imiter, avec moins d’intelligence et moins de méchanceté. Voilà pour son mauvais « côté », mais Oumou est capable de mieux. Elle a réussi son année scolaire et passe en quatrième année (=CE 2), cet été aussi elle a appris à faire du vélo sans pour autant en maîtriser les freins…

 

Salimata est certainement l’enfant qui nous pose le moins de problèmes, elle a confirmé ses aptitudes scolaires et est à ce jour notre élève la mieux classée en fin d’année (20è sur 138).
Il lui arrive fréquemment de s’effacer du groupe, en particulier quand on danse, activité dans laquelle elle ne s’est jamais réellement sentie à l’aise. Cette attitude n’a rien de surprenant puisqu’elle est caractéristique des Peulh (son ethhnie) : on prétend qu’ils sont honteux et que lors d’une fête traditionnelle, si ce n’est pas entre eux, on ne les verra jamais se mêler à la foule, ils préféreront se cacher pour danser.
Elle a des attitudes comparables à son père Issiaka (grand-père de Binta et Oumou), elle fabule et l’idéalise jusqu’au jour où elle se retrouve face à lui, incapable de décrocher une parole ou de lui demander quoi que se soit. De notre côté nous la motivons pour qu’elle lui pose des questions sur sa mère qui a fui et sur laquelle nous n’avons pas pu obtenir d’informations crédibles de la part d’Issiaka.

 

Pour Abdoulaye, l’école aura été un passage initiatique réussi avec moins d’ennuis que nous lui en prédisions. Il passe en classe supérieure (CP2) avec un fameux premier semestre et un second plus réaliste (100è sur 186). Mais c’est surtout socialement parlant qu’il nous a rassuré en semblant s’être intégré parmi les autres enfants avec tout le copinage qui s’en suit... Désormais il partage ses temps libres et n’est plus le solitaire qu’on connaissait.
Abdoulaye reste pourtant le même avec nous, surtout quand à une question ou un reproche il répond par de grands yeux étonnés. Il reste souvent effacé, lunatique dans ses occupations, ailleurs dans ses pensées, plutôt chauffeur de fusée que de taxi.

 

Bizarrement et naturellement aussi, Mohamed est devenu plus « gros coeur » et moins guerrier qu’on ne l’a connu, beaucoup à cause de l’influence des soeurs Diallo (Oumou et Salimata en particulier) qui s’allient à la moindre occasion pour le provoquer. Cela d’autant plus qu’elles trouvent matière à retordre contrairement à Abdoulaye qui se soumet systématiquement. Ce faisant, la lassitude le rend grincheux et pleurnicheur alors qu’il était notre gaillard le plus téméraire.
Depuis plusieurs mois je le prépare à la rentrée scolaire en le familiarisant aux travaux qu’il va rencontrer à l’école. Il ne se foule pas les chevilles, emprunte un style « sûr de lui » et nonchalant qui lui va. On verra bien ce qu’il adviendra... Pour sûr qu’il changera de comportement vis à vis de son enseignant, mais je pense que c’est surtout les confrontations avec ses camarades qu’il va apprécier.

 

Awa quant à elle cherche sa place dans notre famille, elle a du mal à se situer et à affirmer sa personnalité, parfois autonome, parfois bébé. C’est vrai qu’elle est souvent brimée par les autres mais bien souvent c’est elle qui le cherche. Bien sûr nos gamins en profitent, et dès même qu’ils la touchent, Awa se met à hurler comme si on lui avait coupé un bras.
Autant elle peut dégager une énergie dynamisante dont on ignore l’origine, autant elle peut passer des moments à réclamer une attention qu’on accorderait à peine à un nourrisson malade... Comparativement à son arrivée où elle était très dure et froide au niveau de ses émotions, je ne sais comment interpréter son évolution. Nous sommes allés rendre visite à son père un après-midi mais elle n’en a retenu que le bonbon qu’elle a gagné.
Quand une journée nous sommes partis à Nasso pique-niquer et tremper les pieds les pieds dans la rivière, elle a cependant vécu un très grand moment de bonheur. Très à l’aise dans l’eau, sans crainte, jusqu’à vouloir aller dans les rapides (somme toute très modestes) de la rivière. Elle est restée tout le temps immergée si l’on excepte le repas, très étonnée de pouvoir faire pipi  dans son habit (de bain) contrairement à la maison. Bien sûr je lui ai promis qu’on y retournerait, il faut dire qu’il est quand même rare ici de voir des enfants (et même des adultes) qui ne craignent pas une rivière, où le courant ressemble plus un génie qu’à un déplacement d’eau...

 

Quant à notre petit géant Sibiri, il a pratiquement rejoint Mohamed en taille mais il est devenu extrêmement peureux et fainéant... Aujourd’hui il n’ose plus aller jouer au dehors, prétextant qu’il n’en a pas envie alors que tous ses frères et soeurs (jusqu’à Fatou) nous le réclament. Il passe donc la majeure partie de son temps auprès des tanties et à proximité de la cuisine.
Lors de notre sortie à Nasso, l’eau et la rivière ne lui ont rien dit de bon, et angoissé, il ne demandait qu’à rentrer. Si le soir on reste dans l’obscurité, il sera le premier à réclamer à ce qu’on allume le courant. Une nuit même, alors que nous dînions au clair de lune, il en est arrivé jusqu’à faire caca dans sa culotte parce que les toilettes n’étaient pas éclairées ! Alors autant dire que quand on lui parle de hyènes (animaux fréquents dans les contes traditionnels qui ressemblent aux loups et effraient les enfants), il est pris de panique...
Néanmoins, dans ses rapports avec les autres il ne se laisse pas faire et s’affirme, pour l’instant beaucoup plus avec sa forte voix et une panoplie de gros mots que physiquement.

 

Depuis son arrivée, on comprenait à peu près ce que voulait dire Fatou, plutôt en interprétant la situation qu’en comprenant son langage. Désormais elle s’exprime en énonçant des phrases complètes, bien que ses mots ne soient pas tous corrects et en règle.
Elle avance à petits pas rapides et grandit dans la vie. Par exemple elle commence à comprendre que même étant la plus petite elle ne peut pas tout se permettre (comme provoquer ses aînés qui n’avaient pas le droit de lui répondre quand elle les tapait). C’est une vraie petite femme qui affirme ce qu’elle veut (c’est à dire beaucoup) et qui aime se saper (de la Société Africaine Pour l’Elégance), se coiffer, sortir se montrer... Elle a noué des relations très particulières avec notre chat Shakara qu’elle considère comme un jouet :  elle le porte et le jette comme une poupée, lui parle comme à un humain. Mais qu’elle ne fut pas sa surprise quand pour la première fois elle l’a vu manger une souris...

 


L’organisation

 

Nous sommes désormais quatre à travailler puisque Judith a rejoint l’équipe cadre. Pour autant les choses ne sont pas facilitées, des problèmes de relation et de communication apparaissent entre les femmes. A moi de gérer des relations humaines de manière efficace, parce que ces difficultés ne doivent pas déteindre sur l’ambiance du centre. Chacun de nous en est conscient et c’est déjà une bonne chose qu’on a en commun.

 


Les zenquêtes

 

Nous avons apportés notre aide à 4 familles (Sanogo, Ouattara, Zongo, Sanou) en prévision de la prochaine rentrée scolaire qui aura lieu début octobre, cela pour être certains que les enfants en âge soient scolarisés ou continuent leur scolarité. En effet trop souvent dans les familles nécessiteuses, les frais liés à la scolarité d’un enfant sont plus considérés comme une dépense inopportune qu’un investissement.


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